Le millepertuis perforé, Hypericum perforatum L., occupe une place particulière parmi les plantes étudiées dans la dépression. Certains extraits standardisés disposent de données cliniques nettement plus solides que la plupart des autres préparations végétales. Pourtant, une tisane, une teinture, un macérat huileux et un comprimé d’extrait sec ne contiennent pas les mêmes constituants et ne peuvent pas être considérés comme équivalents. Pour comparer cette plante aux autres nutriments et extraits étudiés, consulter l’article sur les compléments alimentaires et la dépression.
L’essentiel en 30 secondes
- Certains extraits standardisés de millepertuis ont montré une efficacité dans des dépressions légères à modérées.
- Toutes les préparations ne se valent pas : l’extraction et la standardisation déterminent leur composition.
- Ses nombreuses interactions médicamenteuses imposent un avis médical ou pharmaceutique avant toute utilisation.
Cette page complète l’article pilier « Dépression : quelle place pour l’alimentation, l’activité physique et les approches naturelles ? » et l’article « Compléments alimentaires et dépression : lesquels ont réellement été étudiés ? ». Elle répond à quatre questions : comment reconnaître et récolter la plante, quelles molécules participent à son activité, comment le solvant modifie l’extrait, et quelle forme galénique dispose des meilleures preuves.
1. La plante : comment reconnaître et récolter le millepertuis perforé ?
Hypericum perforatum est une plante vivace de la famille des Hypéricacées. Ses tiges dressées portent deux lignes longitudinales saillantes. Les feuilles sont opposées, sans pétiole, et semblent criblées de petits trous lorsqu’on les observe à contre-jour : il s’agit de glandes translucides, et non de véritables perforations. Les fleurs jaunes possèdent cinq pétales et de nombreuses étamines réunies en faisceaux. De petites glandes sombres sont souvent visibles sur le bord des pétales et des sépales.
La partie médicinale reconnue, appelée Hyperici herba, correspond aux sommités fleuries entières ou fragmentées, puis séchées. Il ne s’agit donc ni des racines, ni des graines, ni de la plante entière arrachée.
À quelle date le récolter ?
La Pharmacopée européenne retient une récolte pendant la floraison. En France métropolitaine, ce stade se situe généralement de la fin juin à juillet, parfois plus tôt ou plus tard selon la région, l’altitude et la météo. Le repère traditionnel de la Saint-Jean, autour du 24 juin, est utile, mais le stade réel de la plante compte davantage qu’une date fixe.
Pour une matière première riche en fleurs et boutons, la récolte se fait habituellement au début ou au cœur de la floraison, avant que la majorité des fleurs ne soient fanées et remplacées par des capsules. La présence simultanée de boutons et de fleurs ouvertes constitue un bon repère visuel. Toute cueillette sauvage suppose une identification certaine de l’espèce, un site non pollué, une récolte raisonnable et le respect de la réglementation locale.
2. Molécules et mécanismes : existe-t-il un principe actif unique ?
Le millepertuis ne se résume pas à une seule molécule. L’Agence européenne des médicaments souligne que l’efficacité clinique ne peut pas être attribuée à un constituant unique : il s’agit d’un ensemble de composés qui agissent probablement ensemble, plutôt que d’un principe actif isolé comme dans un médicament classique. C’est aussi ce qui explique pourquoi deux produits « au millepertuis » peuvent avoir des effets différents selon leur composition exacte.
3. Données disponibles : dans quelles dépressions le millepertuis a-t-il été étudié ?
Une efficacité documentée, mais pour des extraits précis
Les revues systématiques et méta-analyses concluent globalement que certains extraits de millepertuis sont supérieurs au placebo et obtiennent, dans les essais disponibles, des résultats comparables à ceux de certains antidépresseurs dans les dépressions légères à modérées. Les données sont moins solides dans les formes sévères, en cas de risque suicidaire et pour l’utilisation prolongée.
Ce qui est le mieux étayé
Dépressions légères à modérées
Les meilleures données concernent des adultes présentant une dépression légère ou modérée, traités pendant plusieurs semaines par un extrait oral standardisé. Le millepertuis ne doit pas être assimilé à un simple tonique de l’humeur ni proposé sans évaluation de la gravité.
Extraits secs quantifiés
Les essais les plus convaincants ont utilisé des extraits secs fabriqués selon des procédés reproductibles, avec une composition contrôlée et une quantité définie par comprimé ou gélule.
Données encore incomplètes
Dépression sévère et risque suicidaire
Ces situations sont peu représentées dans les essais et nécessitent une prise en charge médicale. Elles ne doivent pas être traitées par automédication végétale.
Teintures de plante fraîche
Une étude observationnelle publiée en 2025 rapporte des résultats encourageants avec une teinture de plante fraîche. En l’absence de randomisation et de groupe témoin, elle ne place pas encore cette forme au même niveau que les extraits secs testés dans de nombreux essais contrôlés.
4. Extraction et forme galénique : eau, alcool ou huile ?
La composition d’un produit au millepertuis dépend autant du solvant d’extraction que de la plante elle-même. Les constituants n’ont pas tous la même solubilité : modifier la proportion d’eau, d’alcool ou d’huile modifie donc le phytocomplexe obtenu.
| Forme | Ce qu’elle extrait principalement | Place dans la dépression |
|---|---|---|
| Infusion aqueuse | Flavonoïdes et composés polaires ; extraction faible de l’hyperforine et partielle des hypéricines. | Usage traditionnel ; ne reproduit pas les extraits des essais cliniques. |
| Teinture hydroalcoolique | Profil plus large que l’eau, variable selon le degré alcoolique, la plante fraîche ou sèche et le rapport plante/solvant. | Données cliniques limitées ; composition moins directement comparable aux extraits secs de référence. |
| Extrait sec hydroalcoolique | Hypericines, flavonoïdes et, selon le solvant, quantité variable d’hyperforine. | Forme disposant des preuves les plus solides, généralement en comprimés ou gélules. |
| Macérat huileux rouge | Composés lipophiles et produits de transformation formés pendant la macération ; teneurs très faibles et variables en marqueurs. | Usage cutané traditionnel ; pas une forme démontrée contre la dépression. |
L’eau : une extraction incomplète
L’infusion extrait correctement plusieurs flavonoïdes, mais seulement une petite partie des hypéricines et très peu d’hyperforine. La tisane n’est donc pas l’équivalent d’un extrait antidépresseur standardisé.
L’alcool : le solvant des formes les mieux étudiées
Les extraits pharmaceutiques quantifiés sont généralement préparés avec des mélanges d’eau et d’éthanol — ou, lors de la fabrication industrielle, d’eau et de méthanol ensuite éliminé et contrôlé. La Pharmacopée européenne décrit des extraits obtenus avec 50 à 80 % d’éthanol ou de méthanol. Il ne faut jamais utiliser de méthanol dans une préparation domestique : ce solvant est toxique.
Cela ne signifie pas qu’un extrait plus riche en hyperforine soit automatiquement meilleur : certains extraits plus pauvres en hyperforine ont eux aussi démontré une efficacité, avec potentiellement moins d’interactions médicamenteuses.
L’huile : une préparation surtout destinée à la peau
Le macérat huileux, traditionnellement rouge, est préparé à partir des sommités fleuries dans une huile végétale. Sa couleur provient en partie de produits de transformation apparaissant pendant la macération. Sa composition varie selon l’huile, la lumière, la durée et la plante utilisée. Les analyses retrouvent des quantités faibles et très variables d’hyperforine et d’hypéricines.
Cette huile correspond principalement à un usage cutané traditionnel. Elle ne doit pas être avalée dans l’objectif de traiter une dépression et ne possède pas le niveau de preuve des comprimés ou gélules d’extrait sec.
Quelle forme galénique est la plus efficace ?
La conclusion la plus rigoureuse est la suivante :
Les preuves les plus solides concernent des extraits secs oraux, quantifiés et standardisés, présentés en comprimés ou en gélules.
Il n’existe pas de preuve permettant de déclarer une tisane, une teinture artisanale ou un macérat huileux aussi efficace. Il n’est pas non plus possible d’extrapoler le résultat obtenu avec un extrait clinique précis à tous les produits portant le mot « millepertuis ».
5. Interactions, précautions et quand consulter
Le millepertuis peut notamment interagir avec certains antidépresseurs, contraceptifs hormonaux, anticoagulants, antiépileptiques, immunosuppresseurs, antiviraux, traitements anticancéreux et médicaments cardiovasculaires. La liste complète dépend du produit et du traitement : une vérification avec un médecin ou un pharmacien est indispensable avant toute prise.
La possibilité d’un trouble bipolaire doit également être recherchée. Une agitation inhabituelle, une réduction marquée du besoin de sommeil, une accélération des idées ou une euphorie peuvent évoquer un virage maniaque ou hypomaniaque. La grossesse et l’allaitement constituent aussi des situations où l’utilisation n’est pas recommandée faute de données de sécurité suffisantes.
Une sensibilité accrue au soleil est possible, surtout avec des doses élevées ou chez les personnes photosensibles. Un avis est particulièrement important en cas de maladie oculaire, de traitement photosensibilisant ou d’exposition solaire intense.
Des idées suicidaires, une dépression sévère, des symptômes psychotiques, une incapacité à s’alimenter ou à assurer les gestes essentiels, ou une aggravation rapide nécessitent une prise en charge urgente.
En résumé
Le millepertuis perforé se récolte sous forme de sommités fleuries pendant la floraison, généralement autour de la fin juin et de juillet en France. Son activité repose sur un phytocomplexe associant notamment hyperforine, hypéricines et flavonoïdes. L’eau, l’alcool et l’huile n’extraient pas les mêmes constituants. Les preuves les plus solides concernent des extraits secs oraux quantifiés, en comprimés ou gélules, étudiés dans certaines dépressions légères à modérées. La tisane, la teinture artisanale et le macérat huileux ne leur sont pas équivalents. Malgré son efficacité documentée, le millepertuis ne doit pas être utilisé sans vérifier ses nombreuses interactions médicamenteuses. Pour comparer cette plante aux autres nutriments et extraits étudiés, consulter l’article sur les compléments alimentaires et la dépression.
Cette page fournit une information générale. Elle ne constitue ni une prescription, ni une méthode de fabrication d’un médicament, et ne remplace pas une évaluation médicale ou pharmaceutique personnalisée.
Vous envisagez une approche naturelle en complément de votre prise en charge ? La première étape consiste à vérifier la gravité, les traitements et les interactions possibles.
Découvrir mon accompagnementPour approfondir
- Agence européenne des médicaments. Assessment report on Hypericum perforatum L., herba. Révision 1, 2022.
- Zhao X, et al. The efficacy and safety of St. John’s wort extract in depression therapy compared to SSRIs in adults. Méta-analyse, 2023. PMID : 36226689.
- Apaydin EA, et al. A systematic review of St. John’s wort for major depressive disorder. Syst Rev. 2016;5:148. PMID : 27589952.
- Ng QX, et al. Clinical use of Hypericum perforatum in depression: A meta-analysis. J Affect Disord. 2017;210:211-221. PMID : 28064110.
- Merk VM, et al. St. John’s Wort for Depression: From Neurotransmitters to Neuroplasticity and Inflammation. 2025. PMID : 41465351.
- Kalbermatten N, et al. St John’s Wort fresh plant tincture for patients with mild to moderate depression. Étude observationnelle, 2025. PMID : 40906611.
- Orhan IE, et al. Comprehensive phytochemical characterization of St. John’s wort oil macerates obtained by different extraction protocols. 2018. PMID : 29442047.
- Chrubasik-Hausmann S, et al. Clinical relevance of St. John’s wort drug interactions revisited. 2019.